« C’est ChatGPT qui m’envoie » – Comment l’IA s’est-elle emparée du secteur de la santé mentale ?

« C’est ChatGPT qui m’envoie » me disait dernièrement l’une de mes patientes.

Psychologue clinique depuis près de 10 ans, me voilà prise de court, mise en joute avec un concurrent que je n’avais pas vu venir.

Face à cet « envoyeur » d’un nouveau genre, nous avons été de nombreux psychologues à nous interroger sur la place de l’IA dans le secteur de la santé mentale.

Les patients rencontrés en cabinet avouent aujourd’hui sans détour s’être d’abord confié au « bot », la machine, l’intelligence artificielle.

Le langage est dangereusement personnifié, anthropomorphisé : « je lui ai demandé… », « il m’a répondu… ». Le ton et l’approche sympathiques voire faussement empathiques de ChatGPT semblent avoir convaincu et converti les plus rationnels, les émotifs, les solitaires, les anxieux, mais aussi les pragmatiques, les extravertis et sans doute même les sceptiques de la première heure.

Secrètement, à demi-mot ou de façon parfaitement assumée, l’utilisation de l’intelligence artificielle s’est généralisée.

Pour corriger des textes, écrire un mail, effectuer une recherche, remanier une lettre de motivation mais aussi, et c’est là où le bât blesse, pour résoudre des problèmes personnels.

Depuis peu, nombreux partagent leurs émotions, leurs secrets inavouables, cherchent du réconfort dans une « écoute » qui, semblerait-il, apaise de plus en plus d’utilisateurs.

Alors que faire de cela ? Qu’en penser ? Comment distinguer la part utile de la part de risque ?

L’IA est-elle venue combler un vide laissé par un accès trop difficile à la thérapie ?

Des séances trop onéreuses, un trop faible remboursement mutuelle et, parlons peu parlons bien, un accès à l’IA offrant une pratique « thérapeutique » linéaire, sans surprises et diablement efficace et rassurante.

De mon point de vue, il semble essentiel d’aborder l’outil avec honnêteté puisque définitivement, tout n’est pas à jeter.

Après avoir discuté avec Sir ChatGPT de nombreuses fois, rendons à César (ou dans notre cas, Sam Altman) ce qui lui appartient : l’outil détient et maîtrise l’ensemble des théories jamais créées et pensées en psychologie. Il analyse correctement le contenu d’une question, d’une demande spécifique et recrache, il faut le dire, plutôt correctement de bons conseils à suivre sur un plan purement théorique. Il anticipe les difficultés de l’utilisateur, feint à merveille une empathie toute électronique et oriente même, par acquit de conscience, son cyberpatient vers un professionnel de santé.

Éthiquement, tout est (presque) parfait. On se retrouve rapidement face à un discours bien huilé du type : « je ne suis pas le plus à même de répondre à tes questions mais je le ferai si tu insistes ». En substance.

Mais ChatGPT ne s’arrête pas à la théorie, il prend également parti. Pour l’essentiel, dans le sens de son cyberpatient, cela va sans dire.

Car ce que recherchent les utilisateurs plus que de la théorie, c’est un avis. Concernant, dans le désordre, un conflit au travail, des problèmes de couple, des conseils en parentalité, des troubles de confiance en soi et, au fond, un lieu où s’épancher sans prendre le risque d’être jugés.

Et c’est là que l’IA se démarque. Il change de ton et, smileys à l’appui, se pose en observateur bienveillant et déroule un script sans fautes. Il réceptionne le message, en fait l’accusé, déduit assez correctement l’émotion projetée, suggérée et enfin, rassure. Longuement. Point par point. Il renforce le droit à la souffrance psychique et, sobrement, rappelle les fondements des droits en tant qu’être humain : « Il est normal que tu souffres, tu en as le droit » « Tu as le droit de ne plus vouloir cela » « Tu as le droit de te défendre, tu n’y es pour rien ».

Et face à la solitude réelle, à l’isolement subjectif, aux discours égocentrés et aux réassurances souvent maladroites de l’entourage, voilà que ChatGPT se hisse au rang de grand gourou du cybercoaching.

Et comme dirait ma génération : « ça fait le job ».

Nous voilà donc face à l’inconnu. Aucun de nous n’était réellement naïf quant à l’idée que l’IA remplacerait un jour les métiers les plus intellectualisés.

En revanche, qu’il remplace les métiers à dimension humaine, nous nous pensions davantage à l’abri. Avant d’en arriver là, les films de science-fiction nous avaient tranquillement laissé croire qu’il nous faudrait d’abord attendre l’avènement des voitures volantes.

Seulement voilà, l’IA ayant triomphé du test de Turing, nous voilà plus proche du point de singularité que du droit à l’avortement pour toutes.

C’est de fait officiel, l’être humain n’est plus en mesure, à l’aveugle, de différencier la machine d’un autre être humain lors d’une conversation électronique.

Mais dans ce cas, quel est l’avenir de la psychothérapie ? Sommes-nous encore en mesure de faire la différence ? De toute évidence, oui. Mais pourquoi ?

Pour commencer, je me permets une analogie. De mon point de vue, l’IA sera dès à présent, et le restera, le fast-food de la thérapie. Facile d’accès, économique, rapide, mais aussi peu nourrissante à long terme que son homologue alimentaire.

Pratique dans le court-terme et dans l’urgence, inefficace pour un travail intrinsèque, profond, durable.

Car aussi performant soit-elle, l’IA ne décryptera jamais les silences, les non-dits, les sens cachés, les actes manqués et les lapsus révélateurs.

Elle ne créera jamais un lien de confiance permettant à un être humain d’enfin se confier à un autre.

Elle n’attendra jamais le bon moment avant de sous-entendre une question qui permettra ainsi un processus de réflexion personnelle. Elle n’offrira ni chaleur, ni sourire, ni écoute active.

Elle ne permettra pas de se retrancher dans un cabinet, créant ainsi, une bulle d’air privative et entièrement dédiée à soi.

Et en dépit du principe souverain de « neutralité bienveillante » imposée à tous les praticiens de la santé mentale, et en ce point parfaitement maîtrisée par l’IA, la « thérapie GPT » ne permettra jamais à un patient de déceler la part d’humanité, de vie privée, de faille inévitable chez son thérapeute, son interlocuteur, lui permettant une conclusion pour le moins essentielle : je ne suis pas seul(e).

« Moi vous savez, je ne regarde plus les infos » – Le cerveau sous pression médiatique

Cette phrase, en cabinet, je l’entends de plus en plus souvent. Pas par désintérêt du monde, mais par épuisement. Aujourd’hui, s’informer ne consiste plus uniquement à comprendre l’actualité mais aussi à supporter son flux permanent.

Radios, télévision, journaux, réseaux sociaux. De nombreuses sources qui nous permettent, paraît-il, de suivre l’actualité.

Des angles différents, des écrits orientés et inévitablement influencés par des positions politiques, personnelles, financières.

Dans le meilleur des cas, cadrés par une ligne éditoriale. Dans le pire, servis par un quidam mis en scène dans son salon et récemment autoproclamé expert.

Le Soir avait d’ailleurs titré cette nouvelle tendance en période post-covid : l’ultracrépidarianisme, ou tendance à donner son avis avec assurance sur des sujets pour lesquels on n’a aucune compétence ou expertise.

Sorte d’« expert champignon » avec développement rapide en conditions idéales.

Tous avec un but commun mais parfois galvaudé : informer.

Informer vite. Faire du clic, des vues, de la conversion, créer de la réaction. Diffuser suffisamment de contenu, inonder le temps d’informations.

Maintenir le scroll, tenir l’auditeur, fidéliser le téléspectateur. Vendre.

Nous voilà plus perdus que jamais face à l’actualité avec un sentiment partagé d’incompréhension, d’anxiété et de dépassement.

On consomme plus, on comprend moins. On évite plus, on s’intéresse moins ? Pourquoi ?

Lorsqu’en cabinet on me dit « j’ai lu quelque part », je comprends souvent « j’ai vu une vidéo qui disait ». Et ce n’est pas grave. Cet abus de langage est entré dans les moeurs.

Après tout, lorsque tout le monde est expert, chacun doit légitimer sa source du mieux possible. Et « lire », c’est tout de même plus smart.

D’autre part, si tout le monde est expert, il semble élémentaire d’émettre un avis. Même lorsque celui-ci n’est basé que sur des suppositions.

Un avis sur la guerre, l’immigration, l’inflation, la géo-politique, le nucléaire, la vaccination,…

Nombreux se lancent dans des discours cernés de superlatifs : « tout le monde », « jamais », « personne ».

Nous voilà vite avec un cerveau dépassé par des pseudo-convictions autoritaires et par conséquent de nouvelles sources d’informations à digérer.

Ce dernier n’est pas conçu pour traiter un tel flot d’informations continu, il ne l’a jamais été. Nos capacités naturelles sont dépassées et notre système d’alerte activé. Avec lui, un drôle de cocktail de dopamine pour l’anticipation de la nouveauté et de cortisol, hormone du stress.

Nous voilà donc dans le tram, dans une salle d’attente ou dans notre lit en état de vigilance chronique, proche de l’hyperactivation.

Et en cabinet, de plus en plus de troubles du sommeil. « Et vous, que faites-vous avant de dormir ? ». Je vous laisse deviner.

Cette surcharge d’informations souvent contradictoires produit une anxiété diffuse sans que l’on comprenne réellement pourquoi.

La littérature parle de « doomscrolling », consommer de façon excessive du contenu d’actualité négatif et anxiogène jusqu’à créer un sentiment dépressif. Avec de plus, au fond de nous, une pensée persistante : « on sait ce que l’on veut bien nous dire ».

Pas question ici de théorie du complot, plutôt d’une évidence logique. Entre l’information et la réalité, une inévitable zone grise. Et cette zone, imprécise, nous crée une fatigue mentale sans précédent.

Nos grands-parents allumaient la radio et écoutaient les infos. Pas question alors de comparer les sources ou de remettre en question l’évidence. « Si il le dit, c’est que c’est vrai ». Moins de sources, moins de problèmes. Pas forcément mieux, mais moins de problèmes.

Notre volonté actuelle de saisir au mieux la « réalité vraie » nous donne le sentiment de ne jamais avoir fini. Le cerveau tente de résoudre un problème en continu et l’accès à une multiplicité de sources alimente le sentiment d’un contrôle feint.

Nous voilà propulsés dans une ère où il est devenu nécessaire de choisir entre « paix de l’esprit » et « information viable ». Et au fond, peut-être que cela a toujours existé. Ce qui a changé, c’est l’accès. Généralisé, continu, mais surtout prescrit.

La pression sociale autour de l’information nous classant vite dans les cases de « réactifs » ou de « déconnectés », un « je ne sais pas » / « je ne m’y connais pas » n’est dès lors pas toléré.

Car prendre position, c’est aussi se définir. Être de gauche, de droite, engagé ou non pour les causes féministe, palestinienne, LGBTQI+, ukrainienne,…une liste longue et par nature lacunaire. S’il en fallait une, pression supplémentaire imposée à notre cerveau déjà bien malmené.

Mais alors, que faire de cela me direz-vous ? C’est bien beau de condamner mais avons-nous réellement des leviers pour soulager les 1,3kg de cerveau puisant jusqu’à 23% de notre énergie totale sur une journée ? Oui, mais en faisant certains choix. Et pas forcément ceux qui nous semblent évidents.

Pour commencer, je parlerais d’information active. Rechercher l’information plutôt que la recevoir. Le scrolling compulsif nous amène à regarder sans intégrer, consommer plus en comprenant moins. La dopamine libérée nous pousse à passer à la suite sans même avoir eu le temps de faire percoler le café qui venait de nous être servi. Avec pour résultat une sérieuse indigestion informationnelle.

Ensuite, choisir une source fiable, ne pas s’y fier aveuglément mais la consulter lorsqu’on souhaite activement s’informer. Trier les articles, lire ceux qui nous intéressent et délaisser le superflu.

Pour les sujets sensibles ou les question résiduelles, faire appel à une seconde source. Comparer et faire travailler l’esprit critique, qualité incontournable pour l’élaboration d’une nuance requise et élémentaire. Unique moyen aussi de ne pas céder au biais de confirmation, ne pas seulement croire ce qui confirme nos idées.

Conscientiser l’effet de répétition, une information répétée n’est pas pour autant vrai. Après tout, l’horloge cassée sonne juste deux fois par jour. En dépit des ragots diffusés par l’intermédiaire de sources boiteuses, maintenir le cap de départ en se référant à sa source de choix.

Ensuite, reparlons des causes. Celles pour lesquelles on se positionne, on se bat parfois et pour lesquelles on surconsomme bien malgré nous. Conséquence insidieuse de nos « clics » réveillant le monstre IA et ses algorithmes, engagés pour nous faire tourner en boucle sur une même information, confirmant ainsi nos recherches de départ.

Bravant vaguement le politiquement correct, je me permets ceci : nous n’avons pas le pouvoir de sauver le monde.

Par conséquent, faites un choix. Décidez d’une cause qui vous tient à cœur et soyez-y fidèle. Surconsommer de l’info sur des sujets trop nombreux vous rendra malheureux, résultante d’un sentiment d’impuissance réelle.

La voie du choix vous permettra d’affiner votre expertise et d’agir réellement en fonction de vos moyens. Et ce n’est pas du désengagement, c’est de la lucidité quant aux limites naturelles de notre attention.

Dans le cas contraire, le biais de négativité naturelle vous poussera à mentalement construire un monde encore plus insécure et inégal qu’il ne l’est réellement.

Lorsque le cerveau est à ce point stimulé, il ne réfléchit plus, il réagit.

Et aujourd’hui, c’est comme si s’informer répondait moins au besoin de comprendre qu’à la nécessité d’apaiser notre illusion de contrôle. Laissant penser qu’en restant connecté en flux tendu, cela pourrait nous protéger de la dure réalité.

À la place, tentez de réaménager des temps de vide, de lenteur et de non stimulation cognitive.

Enfin, et c’est sans doute le point le plus sensible, accepter parfois de ne pas savoir, ne pas tout maîtriser, ne pas construire d’avis sur tout. Sortir de l’urgence artificielle quant à l’idée de répondre à tout. Sorte de renoncement sain.

Il est évident qu’être un citoyen du monde informé aura toujours un prix. C’est à vous de consciemment déterminer lequel vous serez prêt à payer.

Et peut-être qu’aujourd’hui, être réellement informé ne consiste plus à tout consommer, mais à savoir consciemment ce que l’on choisit de laisser entrer dans notre esprit.

Déconfinement : comment gérer ce retour à la normale ?

     Sept semaines. Pour la plupart, c’est le temps que nous aurons passé chez nous lorsque le déconfinement commencera.
Le temps, dictateur implicite de nos journées, a décidé de prendre des vacances dans le courant du mois de mars. Après tout, c’était bien la première fois.
Et de notre côté, nous nous sommes imposés une question : qu’allons-nous faire de tout ce temps libre ?

     Dans un premier temps, nous avons tenté de regarder ce que faisaient nos voisins, cherché des bons plans sur les réseaux sociaux, visionné des « tutos » sur internet, demandé conseil aux amis. En réalité, on a voulu se rendre utile, ne pas perdre de temps, ne pas être inactif et rester performant.

Englués dans notre perpétuel besoin de résultats, nous avons voulu suivre le guide du parfait confiné et nous sommes devenus nos pires ennemis. Nous nous sommes imposés une discipline quand on ne nous demandait qu’une seule chose : l’inaction.

     D’un point de vue psychologique, le confinement a fait office d’une thérapie accélérée pour tous les maniaques du contrôle (et dieu sait comme nous sommes nombreux). Tous égaux face au manque de prise sur la situation, il nous a fallu accepter l’inacceptable : l’absence de contrôle absolu.

     Alors il a fallu s’adapter, lâcher prise, gérer l’incertitude, faire tomber les barrières et dans l’ensemble, on ne s’en est finalement pas trop mal sorti.
Nous nous sommes rapprochés de l’essentiel et on a tout doucement déculpabilisé. Déculpabilisé de ne pas être sorti, de ne pas avoir bossé, de s’être rapproché de nos proches, de ne pas avoir repeint la cuisine, pas appris le finnois ou être devenu un fou de jogging, d’avoir laissé les enfants devant Netflix, du bain de soleil de 13h, de la sieste du lundi après-midi, du verre de vin en trop et du bac à linge en retard.
Durant un court instant, l’oisiveté a retrouvé ses lettres de noblesse.

     Nous avons vécu près de deux mois sous un autre rythme et aujourd’hui, nous nous rapprochons graduellement du déconfinement. Et d’un coup d’un seul, un nouveau paramètre s’ajoute et perturbe l’équation : la crainte d’un retour à la normale et à la triade métro-boulot-dodo.

     L’expression « gagner sa vie » est bien la pire de toutes. Après tout, que vaut-elle si elle est accompagnée du sentiment de passer à côté des choses qui comptent réellement ?
Bien entendu, nous vivons tous avec certaines exigences de confort, mais certaines d’entre elles méritent-elles ce qu’on s’inflige chaque jour ?

     A titre d’exemple, dans les cabinets de psy, les signaux de somatisation n’ont jamais été aussi nombreux : douleurs musculaires et articulaires inexpliquées, céphalées redondantes, troubles digestifs et alimentaires, fatigue et/ou insomnie chroniques. L’humain a pris pour habitude de s’essouffler et surtout de ne pas s’en plaindre. Ensuite, le corps a naturellement pris le relais.

     Aujourd’hui, nous avons peut-être l’occasion de reprendre un meilleur rythme en tentant de tirer des leçons de cette expérience et en pointant du doigt le dénominateur commun : un manque de temps de qualité.

     Pour ce faire, il est important de prendre le temps de (re)poser ses limites personnelles, conscientiser ses réels besoins, s’offrir davantage d’occasions d’accomplissement personnel, se recentrer sur l’essentiel et réaffirmer ses priorités. Se calquer sur la métaphore du masque à oxygène : s’équiper d’abord et respirer à fond. Vous serez ainsi mieux à même de penser à la suite.

     Bien entendu, les réponses et les solutions varieront pour chacun de nous. Ce dont nous avions réellement besoin, c’était de sortir la tête du guidon pour répondre à ces questions avec le recul nécessaire. Pour bon nombre d’entre nous, c’est chose faite.

     Face à cette multitude de réflexions, je vous propose de commencer par celle-ci : quel est le plus petit changement que vous pourriez opérer dans votre vie et qui puisse améliorer votre quotidien ?

     Une fois que vous tiendrez la réponse, passez ce contrat avec vous-même et mettez-le en œuvre.

Il s’agira de votre première pierre à l’édifice.

A vous de jouer.

Covid-19 : L’humanité enfin réunie autour d’une cause commune ?

          En pleine crise sanitaire et à l’aube d’une crise économique qui entrera certainement dans l’histoire, l’humain est-il en train de découvrir une réalité jusque là inédite ? Une mise à l’arrêt forcée et salvatrice ?

          Psychologue de formation, je rencontre chaque jour des patients épuisés, déprimés mais avant tout, pressés.

Epuisement professionnel, couple en détresse, difficultés parentales, rupture du lien familial : manque de temps pour soi et manque de temps pour les autres.
Aujourd’hui, le Covid-19 rebat les cartes.

          Mais là où chacun prévoyait des altercations sévères en zone de confinement, on constate pourtant un étrange apaisement. Certaines familles semblent avoir pris de nouvelles marques : face à des parents présents, certains enfants et adolescents se montrent aussi plus collaborants. Chacun de nous a retrouvé du temps, du temps précieux. Le temps d’être ensemble, le temps de se parler, de s’écouter, de partager, de se redécouvrir. Le temps des embouteillages, le temps minuté et stressant du matin, le temps trop court en soirée et la sacro-sainte organisation du dîner, du bain, du coucher.

Les familles ont sorti les jeux de société, les plus petits sont aidés des ainés : chacun prend enfin conscience qu’il s’agit là d’un fragile équilibre qui pourrait lui être enlevé.

« Etre ensemble » est devenu une chance qui n’est plus assurée et à ce titre, elle doit être conscientisée et préservée.

          D’autre part, chacun prend connaissance d’une réalité inédite : à l’instant T, il n’existe plus aucune « safe-place ». Il n’est plus question de guerre, de terrorisme, de conflits géopolitiques ou même d’épidémies endémiques dans des contrées éloignées, le virus du Covid-19 s’est sournoisement propagé et installé sur le Globe.

Et enfin, chacun peut comprendre.

Ailleurs, d’autres survivent et cherchent à améliorer ce postulat, sortir de l’hypervigilance, récupérer du contrôle sur leur vie et échapper à l’incertitude. L’Occident devient le mauvais élève et ses occupants des parias. Notre laxisme des premiers temps démontre une fois de plus notre pseudo-certitude que « rien ne pourra jamais nous arriver ».

          Mais face à l’adversité, l’humain dévoile encore ses ressources et se rapproche enfin de l’essentiel.

En effet, l’heure est à l’entraide.

Partout, les réseaux s’inondent de messages positifs, de mouvements de soutien et d’initiatives solidaires. L’individualisme confronté à l’isolement forcé donne naissance à un nouvel élément. La pression du temps s’est inversée, transformée. La patience a remplacé l’agitation.

          Les voisins proposent leur aide, les inconnus se disent bonjour lors des balades quotidiennes, les plus jeunes se préoccupent de leurs ainés, les mieux lotis s’inquiètent des moins chanceux. Chacun prend conscience de son interdépendance.

          De fait, l’humain se réfère aux autres pour juger de son propre comportement, ce qu’on appelle la norme sociale. Ainsi, cette norme de comportement nous montre à quel point il est important d’être l’exemple de son voisin. Encore et toujours, incarner le changement qu’on souhaite voir s’opérer.

De même, une nouvelle norme de jugement apparaît : l’ordre des métiers a changé, les héros enfin reconnus. Ces derniers nous rappellent qu’ils vivent une réalité parallèle à la nôtre. Qu’ils fassent partie du corps médical ou non, les travailleurs de première ligne risquent chaque jour leur santé et par extension celle de leurs proches. De longues journées mêlant doutes et dévouement.

          A chacun de vous, dont les limites ont été transgressées depuis longtemps, restez proches de vos familles, de vos amis, communiquez, échangez, continuez de vous imprégner des petites victoires.

Des lueurs dans la pénombre.

          Nous voilà tous réunis autour d’une cause commune : faire reculer la maladie. Se recentrer sur l’essentiel, soutenir par les mots, aider par le confinement,  aimer par l’éloignement.

Ai-je vraiment besoin d’un psy ?

Lorsqu’on souhaite aller voir un psychologue, c’est souvent lorsqu’on a le sentiment d’être au pied du mur.

Alors pourquoi hésitons-nous si longtemps ? Souvent, car nous avons le sentiment « de ne pas être fou »  ou  « de ne pas aller assez mal pour cela ». Il y a également ce vieil oncle qui aux dîners de famille taxe tous les psychologues de charlatans pratiquant du vaudou. Après cela, difficile « d’avouer ».

Lorsqu’on se décide à passer le cap, c’est régulièrement avec beaucoup d’appréhension. « Va-t-il me comprendre ? » « Vais-je être capable de me livrer à un inconnu ? » « Va-t-il vraiment pouvoir m’aider ? » et d’ailleurs « est-ce vraiment nécessaire ? »
Pour certains, il y a également la peur de se ruiner dans une thérapie interminable qui se concentrera sur les erreurs du passé sans jamais aborder le présent et surtout, l’avenir.

On se pose des questions sur le cadre. L’image renvoyée dans les films, séries et autres émissions dépeint un psychologue souvent passif et muet. Des séances ponctuées de « hmm hmm, et qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ? » où un patient allongé sur un divan se confie à un psychologue dans son dos (et où dans les pires scénarios, le psychologue va même jusqu’à s’endormir).

Et vous vous dites : « Dans ces conditions, trouverai-je réellement l’aide dont j’ai besoin ? »

     Sachez qu’aujourd’hui, il existe une multitude d’approches en psychologie. Presque autant que de psychologues.

Psychanalyse, thérapie cognitive-comportementale, thérapie systémique, thérapie brève, Gestalt, thérapie intégrative, hypnose, auto-hypnose, pleine conscience, et j’en passe ! 

Cela reste parfois flou mais nous aurons peut-être l’occasion de débroussailler tout cela lors d’un prochain article. En attendant, comprenons d’abord ce que l’on fait ici.


Dans la pratique actuelle, la plupart des psychologues ont délaissé le divan au profit du face à face permettant ainsi un soutien et un suivi en collaboration avec le patient.

Il est tout à fait possible de s’engager dans des thérapies brèves où le psychologue vous transmettra de vrais outils pour créer du changement dans votre vie de tous les jours. De longues conversations sur votre passé peuvent bien sûr être abordées mais il ne s’agit pas d’une condition sine qua non pour un bon suivi thérapeutique.

Si vous souhaitez prendre rendez-vous, renseignez-vous sur le cadre du professionnel, assurez-vous que son approche colle avec vos besoins et envies !



Pourquoi aller voir un psy dans ce cas ? 

  • Dans une société où il est souvent obligatoire d’aller bien, du moins aux yeux du monde extérieur, il est parfois agréable de pouvoir se rappeler qu’un moment de faiblesse dans votre vie n’est en rien honteux.
  • Rencontrer un psychologue, c’est également une occasion de confronter des questions à un esprit neutre et sans jugement (évitant ainsi les avis « tendancieux » des proches).
  • C’est un moment pour soi, totalement dédié. Une bulle d’air permettant une honnêteté totale sans crainte de représailles ou de jugement extérieur.
  • Il s’agit d’une occasion de réapprendre à s’aimer et devenir plus indulgent avec soi-même.

 

N’oubliez jamais que prendre soin de soi est la première condition pour prendre soin des autres ensuite.